Les ferrailleurs, tome 1 : le château

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Londres, XIXème siècle. Planté au milieu d’un immense océan de détritus, se dresse la demeure de la famille Ferrayor : un gigantesque château aux multiples étages, salles, escaliers et relié à la capitale britannique par un unique train. Cette demeure démesurée abrite une intrigante famille aux traditions bien ancrées depuis de nombreuses générations. Dans les salles du bas, une armée de servantes soumises est destinée à nettoyer et se taire. Les Ferrayor du haut, eux, ont tous été dotés d’un objet particulier à leur naissance, objet dont ils ne doivent jamais se séparer. L’objet de Clod Ferrayor, quinze ans est une bonde. Celui de sa tante Rosamund, une poignée de porte… Dans cette famille où tout est réglé comme du papier à musique, où chacun sait le rang qu’il doit tenir sans jamais avoir le droit de sortir du château, il va pourtant se produire l’impensable. Clod entend les objets parler mais surtout, l’arrivée d’une nouvelle servante va bouleverser le cours de la vie des Ferrayor.

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Étrange, vous avez dit étrange ? Très étrange… Cette histoire glauque, inquiétante, oppressante, aux accents gothiques et ubuesques est un véritable ovni de la littérature jeunesse. Attention, récit atypique en vue !

◊ Un créateur d’ambiance

Ce que je retiens de ce récit c’est cette ambiance si particulière et originale dans laquelle nous plonge l’auteur. Grâce à un choix de mots précis, une dégoulinade de descriptions, de juxtapositions de verbes, de noms et de phrases souvent très courtes, l’auteur nous entraîne dans ce château tout à fait inquiétant, où l’on se sent franchement mal. Le sentiment très net d’être crasseux, empoussiéré, oppressé par cet envahissement d’objets est bien présent.

Edward Carey est un vrai créateur d’ambiance et cette dernière oscille entre terreur et oppression. Les personnages quasi-ubuesques autrement dit totalement provocants, surréalistes presque absurdes participent à cette ambiance si atypique et décalée.

◊ Un « flou artistique » problématique

Que comprendre dans ce récit ?

C’est bien là tout le problème… Edward Carey apparaît comme un conteur très doué dont je salue l’imagination foisonnante mais son récit un peu trop décousu pourrait bien perdre les jeunes lecteurs. Les péripéties sont souvent entrecoupées de – pénibles – descriptions et au fil des pages, on se demande bien pourquoi tous ces objets prennent vie, se rebellent, entrent en guerre contre les humains… qui se déshumanisent.

◊ Lire entre les lignes

Ce livre nous offre deux choix : celui de s’y perdre, de s’évader au risque de se laisser engloutir par cet inquiétant château ou bien celui de lire entre les lignes et de découvrir des thématiques très intéressantes pointant du doigt – dans le désordre – notre société de consommation, l’aliénation des classes sociales, le rang social à tenir, l’avidité et la cupidité.

Ce récit est une caricature de la volonté de posséder, d’accumuler, de transmettre au sein d’une caste au sang pur au détriment des sentiments, du bon sens, du bonheur, de l’humain tout simplement. J’ai trouvé le récit parfois violent dans la façon de traiter les servantes Ferrayor, obligées de vivre en bas, à l’écart.

J’ai ressenti un certain malaise face à toutes ces thématiques traitées avec excès.

Cependant, dans ce château Ferrayor, il y a cette Lucy Pennant qui éclaire de toute son humanité – de sa « normalité » – cette inquiétante et sombre ambiance. J’ai adoré le choc des cultures entre Clod et Lucy : elle bouscule totalement les codes des Ferrayor. Le rebondissement de la fin est pour le moins… inattendu et j’en cherche encore le sens…

*

Je ne peux pas dire que j’ai aimé. Le talent de l’auteur est indéniable mais ce livre est trop « brut », trop sombre, trop atypique à mon goût.

A noter les nombreuses illustrations façon « famille Adams » réalisées par l’auteur lui-même.

A partir de 13 ans.

Merci aux éditions

→ Extraits :

 « La maison parlait ; elle chuchotait, jacassait, gazouillait, criait, chantait, jurait, craquait, crachait, gloussait, haletait, avertissait et grognait. Des voix jeunes, hautes et gaies, de vieilles voix brisées et tremblantes, des voix d’hommes, de femmes, tant et tant de voix, et pas une seule qui vînt d’un être humain, mais des objets de la maison qui s’exprimaient, une tringle à rideaux par-ci, une cage à oiseaux par-là…». (p.167)

 « Le répugnant et le malodorant, le brisé, le fêlé, le rouillé, l’usé, l’endommagé, le puant, le laid, le toxique et l’inutile, nous les aimions tous, avec quel amour nous les aimions !». (p.284)

→ En savoir plus sur l’auteur, Edward Carey :

L'auteur Edward Carey

Edward Carey

« Edward Carey est né à North Walsham, dans le Norfolk, en 1970, lors d’une tempête de neige en plein mois d’avril. Fils et petit-fils d’officiers de la marine anglaise, il se détourne très vite des planches du pont des navires pour rejoindre celles du théâtre. Sa carrière de dramaturge, d’écrivain et de dessinateur va néanmoins le faire voyager tout autant, des scènes de Londres à celles de Vilnius en passant par la Malaisie, où il monte une production de Macbeth en théâtre d’ombres chinoises. Auteur de deux romans traduits dans treize pays (L’Observatoire, en 2002, et Alva & Irva, en 2003, tous deux parus chez Phébus), il a vécu en Angleterre, en France, en Roumanie, en Lituanie, en Allemagne, en Irlande, au Danemark et aux États-Unis. Il vit aujourd’hui loin de la mer, à Austin, au Texas.» [Source site Grasset]

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2 p'tits mots sur “Les ferrailleurs, tome 1 : le château

  1. J’adore : avant même de lire ta dernière phrase, j’allais t’écrire que la description que tu fais de ce livre me faisait penser à la famille Adams ! Nous sommes connectées ;)) Autant les thèmes abordés semblent aussi foisonnants que passionnants, autant j’ai du mal à entrer dans des récits un peu trop « tortueux »… Et cela semble être le cas ici malheureusement. Ce livre ne rejoindra donc pas ma PAL malgré ta chronique toujours aussi passionnante 🙂 Gros bisous ma belle !

  2. Coucou ma très chère copinaute ♥ Je me reconnecte à la planète blog après un petit break qui m’a fait du bien. Effectivement ce livre est très spécial et je pense qu’il n’y a pas de demi mesure : on adhère totalement ou bien pas du tout. Comme je l’ai écrit dans ma chronique, je salue le talent de l’auteur mais ce livre n’est pas particulièrement gai, porteur d’espoirs ou de quelques notes positives… c’est noir, très noir… Cela dit, il y a des fans et tant mieux ! Gros bisous et à très viiiite 🙂 ♥♥♥ PS : merci pour ton très gentil mail. Je prendrai le temps de te répondre aujourd’hui 🙂

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