La revanche de Kévin

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Le plus grand problème de Kévin… c’est de se prénommer Kévin. Depuis des années, il souffre d’un complexe d’infériorité. Il enregistre consciencieusement dans sa mémoire toutes les remarques que les personnes ont pu lui faire concernant son prénom. Il nourrit ainsi un fort désir de vengeance et décide d’agir. Sous le pseudonyme d’Alexandre Janus-Smith, il va alors arpenter les salons littéraires à la recherche d’une proie à piéger. Une proie de préférence imbue d’elle-même, gonflée d’orgueil, sûre de son talent… un homme de culture à la recherche d’un éditeur. Alexandre Janus-Smith se fait passer pour un lecteur d’une grande maison d’édition et fait la connaissance de Pradel, un auteur en devenir… Alexandre le rassure, cite Proust, Céline ou encore Deleuze et le tour est joué : Pradel lui confie son manuscrit. Mais lorsque, des mois et des mois plus tard Pradel apprend que cet Alexandre Janus-Smith n’a jamais existé, tout ne se passe pas comme prévu pour Kévin…

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C’est un sacré roman où se mêlent humour noir et satire : le monde «cultureux-médiatique» en prend pour son grade !

L’auteur ouvre les portes du milieu littéraire et éditorial et jette un regard acerbe presque acide en mettant en lumière les faux-semblants, le snobisme, la vantardise… tout ce jeu social où se perd l’humain au profit de la culture (bien étalée aux yeux du monde) et de la bien-pensance. C’est cruel mais tellement réaliste ! Dans les salons littéraires, c’est du Proust, du Céline et du Deleuze de préférence… on se la joue très cultivé, c’est terrible !

Iegor Gran croque ainsi une galerie de portraits tous plus affligeants les uns que les autres. Chacun en prend pour son grade. Dans le monde littéraire et éditorial d’abord, on croise ce Pradel, l’écrivain en mal de reconnaissance enlisé dans sa prétention et son narcissisme. Et puis il y a tous ces éditeurs et ces critiques littéraires, en représentation permanente, déversant leurs bons sentiments littéraires derrière lesquels se cachent toujours des objectifs pécuniaires. Ce livre se veut aussi une critique du monde du travail et des rapports humains qui se révèlent souvent bien compliqués au sein d’une équipe obligée de fonctionner ensemble. En effet, kévin travaille au sein d’une grande radio et ses collègues ne sont pas très tendres avec lui, en tout cas c’est comme ça qu’il le perçoit. Ça se tire dans la pattes, c’est hypocrite au possible, ça retourne sa veste de façon très opportuniste… : par exemple, cet employé qui se prénomme Olivier et sur qui tout le monde déverse son fiel… puis l’instant d’après, ce même monde se confond en excuses, bref c’est pathétique !

Quant à Kévin, le personnage central, je le trouve très intelligent, fin, sarcastique à souhait, parfois à la limite de la paranoïa ou de la schizophrénie (à trop vouloir se dédoubler et jouer deux personnages). L’auteur lui donne une belle étoffe psychologique et lui fait dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas avec cette ironie froide qui fait toujours mouche. Finalement, avouons-le, on a tous été à un moment ou un autre des Kévin : par peur de sembler inculte, on se cache derrière le masque de celui qui sait ou qui a vu, compris…

Enfin, j’ai aimé les rebondissements et les retournements de situations tout au long de l’histoire. Les notes en bas de pages nous mettent un peu la puce à l’oreille et entretiennent une sorte de tension narrative dont on a du mal à se défaire. J’ai été assez surprise par la fin, je ne l’aurais pas imaginée comme ça… mais soit!

Au fond, c’est un roman noir qui met le doigt sur les mauvais côtés d’une certaine société. Le lecteur qui côtoie le monde du travail s’y retrouvera forcément un peu… ou pas. En tout cas, c’est un roman qui change et qui sonne très juste.

♦♥♦

–> Quelques extraits :

«Je suis Kevin. Un Kevin ne peut pas, n’a pas le droit d’être un intellectuel – impossible. Par son prénom même, Kevin indique une extraction bassement populaire. Une déficience de culture dans sa famille, une perversion des valeurs qui ne manquera pas de rejaillir sur lui, le moment venu, généralement au milieu du collège…» (p. 23)

« Tout le monde écrivait, sauf Kevin. Cette particularité le mettait à part dans le troupeau, renforçant son sentiment d’exclusion et son complexe d’infériorité, tandis que les autres ne se privaient pas de parader devant lui. »

« Avec les écrivains, on est chez les frappa-dingues […] C’est énorme, monstrueux. La vanité du personnage ! Ce narcissisme ! Et en même temps, quelle naïveté ! Et ce prénom débile : François-René. » (p. 20)

—> En savoir plus sur l’auteur, Iegor Gran :

iegorgran

Une interview que j’ai bien aimée : «On n’est pas couché» du 18 avril 2015 https://www.youtube.com/watch?v=ImajlIF2Az8

♥♦♥

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2 p'tits mots sur “La revanche de Kévin

  1. J’ai connu plusieurs Kevin et c’est vrai que c’est un prénom lourd de préjugés, pas facile à porter… Et malheureusement ceux que j’ai connu n’ont pas toujours su infléchir cette orientation négative…
    Que ce prénom ait fait l’objet d’un livre mérite vraiment le détour et ta chronique me donne envie de l’acheter 😀

    Merci pour le partage 🙂

    Tia

  2. Je suis contente si j’ai pu te donner envie de le lire! Merci pour ton commentaire 🙂

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